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Le marché de la viande de volaille est sous tension

Selon l'interprofession Anvol, la balance commerciale se dégrade atteignant désormais un déficit de 1,72 milliard d’euros.

Alors que la consommation de viande de volaille progresse, le taux d’auto-approvisionnement de la filière continue de reculer. Entre la crise de la grippe aviaire et l’augmentation des importations, la souveraineté alimentaire française en viande de volaille est menacée.

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Selon les chiffres de l’interprofession Anvol, présentés lors d’une conférence de presse le 17 février 2026, la consommation de volaille en France a augmenté de 3,3 % en 2025 par rapport à 2024. Avec une moyenne de 31,7 kg par habitant, dont 25,6 kg de poulet, la volaille reste la première viande consommée dans le pays. « Plus de quatre volailles sur cinq consommées en France sont du poulet », souligne Yann Nédélec, directeur de l’Anvol (1).

Après les différentes crises d’influenza aviaire, la production reprend progressivement enregistrant une hausse de 1,7 % en 2025 par rapport à 2024. « La France a retrouvé son niveau de production de 2019, ce qui peut sembler anodin mais c’est important, car c’était compliqué de produire », confirme Benoit Drouin, secrétaire général de l’Anvol.

Pourtant, malgré ce redressement, le taux d’auto-approvisionnement diminue de 1,2 % pour l’ensemble des volailles et de 3,7 % pour le poulet. Deux facteurs principaux pèsent sur la filière : la grippe aviaire hautement pathogène (IAHP) et la progression continue des importations.

60 millions d’euros de pertes

Entre le 1er août 2025 et le 8 février 2026, 665 foyers d’IAHP ont été recensés en Europe, dont 328 en France, principalement dans des élevages de la Vendée. L’interprofession estime les pertes liées à cette épidémie à plus de 60 millions d’euros pour la filière de la volaille de chair (hors ramassage des animaux). Entre autres, les éleveurs ont subi plus de 17 millions d’euros de pertes en raison de l’arrêt forcé de leurs élevages et 21 millions supplémentaires liés à la non-mise en production des poussins.

Malgré ces difficultés, le directeur de l’Anvol reste optimiste. « Grâce à la vaccination et aux mesures de sécurité, nous avons réussi à maîtriser la propagation du virus IAHP », assure-t-il. Mais la campagne vaccinale a un coût et « la troisième dose pour les canards dans les zones spécifiques représente 620 000 € de coûts supplémentaires », précise Yann Nédélec. Selon l’interprofession, le maillon le plus touché reste celui des ramasseurs de volailles, dont certains ont dû complètement cesser leur activité. « Nous attirons l’attention de la ministre et des pouvoirs publics pour qu’ils puissent être indemnisés à la hauteur de leurs pertes », plaide-t-elle.

Un poulet sur deux est importé en France

Les importations de volaille ont bondi de 8,5 % en 2025 par rapport à 2024 et celles de poulet de 9,5 %. Aujourd’hui, un poulet sur deux consommés en France est importé, soit une progression de près de 37 % en cinq ans. La souveraineté alimentaire en viande de poulet chute à 67 %, soit un recul de 3,7 % sur un an.

Les exportations progressent aussi (+7,5 %) pour atteindre 1,25 milliard d’euros. Une somme loin derrière les importations évaluées à plus de 3 milliards d’euros. La balance commerciale se dégrade encore, atteignant désormais un déficit de 1,72 milliard d’euros.

Pour inverser cette tendance, l’interprofession appelle à arrêter les mesures jugées « à l’encontre de la souveraineté alimentaire », comme l’accord du Mercosur ou la nouvelle directive sur les émissions industrielles « IED 2.0 ». Elle propose également un plan d’investissement de trois millions d’euros d’ici à 2035 pour construire 2 200 poulaillers. Cet investissement vise à répondre à une demande en hausse, estimée à +4,4 kg par habitant et par an dans dix ans, et à reconquérir 33 % des volumes actuellement importés.

(1) Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. 

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